La CPI, un atout pour les peuples africains

La CPI, un atout pour les peuples africains

…Les crimes les plus graves qui touchent l’ensemble de la communauté internationale ne sauraient rester impunis…

 

Certains se livrent à des diatribes contre la Cour pénale internationale (CPI) sous prétexte qu’elle ne juge que des Africains. D’autres la trouvent partiale ou politique, bien qu’une certaine proportion de gens croit qu’elle fait du bon travail. Bref, la CPI est très controversée ici en Afrique, pourtant nous pensons que la CPI est un atout majeur pour l’Afrique. Et cela ne naît pas du néant, plusieurs arguments plausibles posent le fondement de notre point de vue.

Fatou Bensouda Procureur de la CPI

Fatou Bensouda
Procureur de la CPI

Trop d’impunités sur ce continent

En Afrique, le chef c’est le chef: malheur à qui le conteste ! Dommage que la fable de Jean de La Fontaine qui conclut que « la raison du plus fort est la meilleure » soit une réalité indéniable et triste sur ce continent. Trop d’hommes forts sont hors de portée de la justice. Celui qui s’en prend à l’un deux s’en prend à sa propre vie sinon à son propre bonheur. Regrettable que des dirigeants se muent en bourreaux contre leurs sujets comme ce fut le cas Hissène Habré l’ex-président tchadien. Il serait responsable d’environ 40 000 morts. Epouvantable!
Par ailleurs la corruption de la justice demeure un frein à son impartialité, donc à son équité. Les puissants écrasent les pauvres et comme on le dit : « L’affaire ne va nul part ».
Si la CPI ne fait pas l’affaire de nos dirigeants, les peuples par contre doivent s’en réjouir. Même si elle n’établit pas une justice complète, elle œuvre dans ce sens: ce qui est déjà encourageant.

Trop d’abus de l’ignorance des populations

Avec des populations peu instruites, peu au parfum du droit, l’élite fait de ces dernières des proies. Les pauvres sont facilement exploités par des riches à l’avidité insatiable. Et même ceux qui connaissent leurs droits n’en jouissent pas toujours: ce mal est profond et insoutenable.
Que les Africains ne fassent plus le jeu de leurs politiciens pour qui la CPI est une entrave à leurs manœuvres politiciennes trop souvent non recommandables pour arriver à leurs fins.

Des justices trop faibles

Dommage que les justices s’alignent facilement sur les positions des dirigeants qui leur indiquent le chemin à suivre. Le corps de justice gagne plus des accointances avec les dirigeants pour se livrer à l’injustice, qu’il ne gagne en disant le droit donc des justices complices des crimes des dirigeants. Elles n’ont pas tellement le choix car malheur à qui veut jouer le saint.

La crainte de la CPI: un frein au débordement cruel de nos dirigeants

La crainte de se trouver devant la CPI pour répondre de ses crimes incite nos dirigeants à se contenir, donc à plus de justice. D’autant que l’action de la CPI couplée à celle des ONGs de grande envergure comme Human Rights Watch, Amnesty International, et autres, exerce une pression non négligeable sur les décideurs du continent et les pousse à plus d’humanisme.

…Et si la CPI allait plus loin ?

C’est certainement l’espérance de nombreuses personnes frustrées par la justice de leur pays ou qui attendent en vain une justice qui les déboute sans cesse comme si elles n’y avaient pas droit.
Oui, même si jusqu’à aujourd’hui, la crainte de la CPI n’a pas réussi à juguler tous les crimes contre l’humanité, pour nous la solution se trouve non dans le recul, mais dans le renforcement des droits et compétences de cette justice.
Les frustrations internes alimentées par les injustices engendrent de nombreux conflits aux conséquences dramatiques. Ces situations sont certes dénoncées par certaines ONG, mais ces dénonciations restent souvent sans suite pour prévenir les troubles voire les guerres civiles. Si la CPI s’intéressait à de telles réalités, cela serait un acquis pour ces pays fragiles. Ainsi, une reforme de la CPI pour attaquer le mal à la base est souhaitable.
Avec une CPI plus efficace, l’Afrique ne sera plus une poubelle de vices où toutes sortes d’injustices et d’abus cohabitent impunément mettant le comble au calvaire de certaines populations.

Enfin une justice pour les « intouchables »

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo à la CPI.

L’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo à la CPI.

Les hommes forts ne bénéficient plus de l’impunité d’antan. Les temps sont révolus, cette sécurité odieuse qui servait d’abri s’effondre, désormais tous devraient faire attention. Chacun doit avoir une conduite responsable: telle doit être la norme pour les hommes forts du continent maintenant. La CPI sonne le glas de l’impunité. Tous les grands criminels sont sous pression.
Prétendre que la CPI ne juge que des africains est un argument insuffisant pour la discréditer.

Une action à multiples avantages

La lutte contre l’impunité est un avantage pour une Afrique plus sure. La CPI peut être à l’avenir un terme au règne de la terreur. Il faut y voir aussi une lutte contre l’immigration de population persécutées, désormais un motif d’immigration peut être écarté. C’est également une manière de faire avancer une démocratie mise à mal sur le continent car à présent les passages en forces diminueront et ne donneront plus lieux à des exactions contre les civiles. Il sera demandé compte du sang versé. Elle contribuera également à la libre expression et même à la liberté en général restituant par là les droits des hommes. La CPI poussera nos dirigeants à privilégier des voies plus pacifiques comme le dialogue au détriment de la brutalité.

Une action à saluer et à encourager

Quand on pense au manque criant de justice en Afrique, on peut avancer que ce continent a le plus besoin de la CPI que n’importe quel autre. Les justices africaines n’inspirent pas confiance.
Nous disons donc merci à la CPI pour les procès en cours ou achevés, elle fait preuve de sérieux et de compétence pour dissuader certains dirigeants qui se sentent obligés de prendre en compte cette justice dont le zèle contre l’impunité est indiscutable.

Jean-Pierre Bemba à la CPI

Jean-Pierre Bemba à la CPI

Nous reconnaissons de fait comme exemplaire la peine de prison infligée à l’ex-rebelle Jean-Pierre Bemba car c’est tout un exemple pour montrer à certaines personnes que pour parvenir à ses fins tout les « moyens ne sont pas bons ».
Nous plaidons pour une CPI plus forte avec de grands moyens, plus de moyens de coercition pour contenir nos politiciens sur des voies plus humanistes et les contraindre à davantage de considération de la vie humaine. Il faut que les instances internationales comme l’ONU appuient la CPI d’avantage. C’est une manière d’aider les populations africaines qui souvent sont prises en otages par des dictateurs dans un carcan.
Cela pourrait inciter aussi nos États à disposer de système de justice plus compétents et fiables sous tous les angles, de quoi éviter la CPI, car les États africains, comme on le constate, trouvent humiliant de voir les leurs comparaître devant des juridictions étrangères. Pour échapper à la CPI, ils ont le devoir de dire le droit chez eux. La prise de conscience de cette humiliation est source d’espoir pour une Afrique plus juste.
La CPI est un acquis qu’il ne faudrait surtout pas perdre.


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